| Le Journal St-François - Édition du 24 août
2005
L'archéologue Michel Cadieux soulève les passions
au Centre d'interprétation du Site Droulers
Marie-Josée Bétournay
Dans le cadre de ses activités estivales, le Centre
d'interprétation du site Droulers/Tsiionhiakwatha de
Saint-Anicet a invité Michel Cadieux le dimanche 14
août.
Personnage réputé pour la reproduction de maquettes
et d'objets amérindiens, le Campivallensien a échangé
avec une vingtaine de personnes sur la préhistoire
et l'occupation des territoires québécois en
plus d'initier les gens à la taille de pierre.
Ce n'est pas la première fois que M. Cadieux franchissait
les portes du Centre d'interprétation. En fait, il
connaît très bien les lieux pour y avoir conçu
maints objets entre 1996 et 2000. Les maisons longues, les
répliques d'objets et des pièces du mobilier
prenant place au musée sans oublier les maquettes de
l'exposition Les trois soeurs ont tous un jour ou l'autre
été imprégnées des mains de l'artiste.
"Qu'est-ce que je n'ai pas fait", affirme en riant
Michel Cadieux qui avoue avoir touché à tout
ou presque au sein du Centre d'interprétation.
Des réalisations en région... et ailleurs
Ce projet n'est pas le seul à avoir aidé à
la bonne réputation de l'homme. En 30 ans de carrière,
Michel Cadieux a contribué à plusieurs projets
répartis aux quatre coins du Québec. En région,
le Parc archéologique de la Pointe-du-Buisson de Beauharnois,
secteur Melocheville, le Musée régional de Vaudreuil-Soulanges
de Vaudreuil-Dorion et le Lieu historique national du Canada
de Coteau-du-Lac ne sont que quelques endroits où l'artiste
a laissé sa trace.
Plus loin, le talent de Michel Cadieux s'est transporté
au ministère de la Culture et des Communications du
Québec, à l'Université de Montréal,
au Cosmodôme de Laval et au Centre d'interprétation
du Patrimoine de Sorel, pour ne nommer que ces endroits.
L'hiver dernier, le Campivallensien de 52 ans domicilié
dans le secteur Grande-Ile a travaillé à la
reproduction d'un village huron érigé en 1650
sur les lieux de la Maison des Jésuites de Sillery,
à Québec. Il lui aura fallu deux mois de travail
et de recherches intenses pour donner vie au village qui a
été la proie des flammes en 1657.
Les maisons huronnes, les tentes branlantes amérindiennes,
l'église et surtout le reflux des vagues d'un cours
d'eau voisin... rien n'a été oublié pour
faire revivre cette tranche de vie à la population.
Cette maquette fait d'ailleurs l'objet d'une exposition permanente.
Présentement, de son atelier, il termine un vase iroquois
du 15e siècle qui servira tant au Lieu historique national
du Canada de Coteau-du-Lac qu'au Parc archéologique
de la Pointe-du-Buisson.
Pas un historien
Malgré toute la recherche que demande la conception
de maquettes, Michel Cadieux ne se décrit pas comme
un historien pour autant. Mais l'homme précise que
l'archéologie se veut un métier multidisciplinaire
en soi. "Quand on me demande de faire une maquette, un
morceau de poterie, il y a de la recherche en dessous de cela",
affirme-t-il.
L'archéologue "sans papier" se réjouit
que les gens trouvent de plus en plus d'intérêt
pour la préhistoire. "Ça permet aux gens
de constater qu'on a reçu un héritage des Amérindiens.
On a hérité de leur culture et l'inverse est
aussi vrai", souligne-t-il.
Peu exploité encore ici, le Québec compte à
lui seul que quatre tailleurs de pierre alors qu'aux États-Unis
on en retrouve plus de 300. Michel Cadieux explique cette
situation par le fait qu'aucune formation académique
ne permet aux intéressés d'approfondir leurs
connaissances. "Ça ne s'apprend pas à l'université
la taille de pierre. Mes professeurs, ce sont les dizaines
de milliers d'objets", précise-t-il. Il lui aura
fallu notamment 10 années de recherche et de tentatives
pour mettre la main sur la recette de céramique qu'il
utilise aujourd'hui.
Du sang amérindien dans les veines
Même s'il est porteur de sang amérindien dans
ses veines, Michel Cadieux s'empresse de préciser que
ce n'est pas pour cette raison qu'il a fait de la taille de
pierre une véritable passion.
À preuve, le Campivallensien a su qu'il possédait
tant du sang abénaquis de son père que du sang
iroquois de sa mère à ses 21 ans, soit bien
après avoir taillé ses premières pierres.
L'homme qui se concentre aujourd'hui sur la taille de pierres
et la conception de maquette avoue s'ennuyer à l'occasion
des fouilles sur le terrain. S'il a éliminé
cette facette de l'archéologie, c'est parce qu'elle
implique plusieurs choses à la fois. "Ce n'est
pas juste de fouiller dans le sol. Ce sont les laboratoires
après. Il faut que tu prépares les choses pour
l'interprétation", mentionne-t-il.
Pour la clôture de sa saison estivale, le Centre d'interprétation
du site Droulers / Tsiionhiakwatha invite la population à
déguster des mets amérindiens le dimanche 28
août. Les visiteurs pourront ainsi se mettre en bouche
la sagamité, une soupe de maïs, du maïs braisé
ainsi que du poisson fumé. Par la suite, le Centre
d'interprétation ouvrira ses portes tous les week-ends
seulement et ce, jusqu'en octobre.
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